Accueil / Avis d'experts / Prostatectomie radicale cœlioscopique avec assistance robotique
Mes débuts en robotique : de la découverte à la transition complète
J’ai débuté la chirurgie robotique en 2014 au Centre de Cancérologie de l’Ouest (ICO). À cette époque, la robotique représentait déjà une avancée technique majeure, mais elle restait coûteuse, peu diffusée et encore en phase de maturation.
En 2016, une décision structurante est prise : acquérir notre propre robot à la Clinique Urologique Nantes Atlantis. Le choix se porte sur un Da Vinci Si trois bras, pour un investissement de 600 000 € HT. À cela s’ajoutaient environ 1 200 € de consommables par intervention, entièrement pris en charge par la clinique.
Nous avions fait le choix d’investir seuls dans l’ensemble de la filière robotique, sans soutien extérieur.
En 2017, un tournant s’opère dans mon exercice : je cesse totalement la cœlioscopie classique.
Je n’y retrouvais plus le même niveau de sécurité, de précision et de reproductibilité qu’avec l’assistance robotique, en particulier pour la prostatectomie radicale, la néphrectomie partielle, la cystectomie et l’ensemble des chirurgies complexes du pelvis et du rein.
Ma conviction reste inchangée :
quand une chirurgie est difficile, elle l’est toujours moins avec le robot.
Le changement de système en 2023 : une contrainte devenue opportunité
Début 2023, nous sommes informés que notre robot historique ne sera plus maintenu, faute de pièces détachées, avec un arrêt de la maintenance prévu en 2024.
Nous faisons alors face à une situation critique : risque de panne définitive, obligation d’arrêter l’activité robotique et nécessité urgente de choisir un nouveau système.
Contrairement à 2016, plusieurs alternatives existent. Nous testons notamment le système Versius de CMR Surgical.
Le choix final est porté par mes collègues, le Dr Lainé et le Dr Gerbaud, qui voient dans ce projet l’opportunité de participer au développement d’un robot moderne, de créer une concurrence indispensable et de contribuer à une solution alternative crédible.
Pour ma part, ce changement suscitait des inquiétudes. Je pensais que mes habitudes et mes années d’expérience sur le système précédent rendaient l’évolution difficile.
Deux ans plus tard, le constat est sans appel : ce choix a été excellent.
Les apports concrets du Versius
Depuis 2023, plus de 600 interventions robotisées ont été réalisées avec le système Versius, sans aucune panne. Cette fiabilité est un élément déterminant pour un centre à fort volume opératoire.
Sur le plan matériel, les bras sont légers, modulaires, faciles à installer et adaptés à toutes les salles d’opération. Les mouvements sont fluides et stables.
Sur le plan logiciel, les gestes sont plus naturels, le tremblement est fortement réduit, les collisions sont détectées intelligemment et les mises à jour régulières améliorent en continu l’interface et la précision.
La console ouverte : une innovation structurante
La console ouverte représente, à mes yeux, l’évolution la plus marquante.
Elle permet un contact visuel permanent avec l’équipe, des échanges directs avec l’anesthésie et une coordination instantanée. La robotique devient alors un véritable travail d’équipe, intégré en continu au bloc opératoire.
L’ergonomie est plus naturelle et moins fatigante. Pour les interventions longues, cela se traduit par une meilleure endurance opératoire et une diminution des contraintes ostéoarticulaires.
Dans une équipe de sept chirurgiens, la console ouverte facilite également le mentorat. Le chirurgien référent observe la même image, guide les gestes en temps réel et accompagne les premières interventions avec un haut niveau de sécurité. La montée en compétence est plus rapide et plus homogène.
Enfin, le chirurgien conserve une perception globale de l’environnement opératoire, ce qui améliore la synchronisation et la fluidité du déroulement chirurgical.
Moins de fatigue signifie des gestes plus réguliers, des résultats plus homogènes et plus prédictibles.
Impact sur le parcours patient : l’ambulatoire devient une réalité
Grâce au Versius, nous avons entièrement repensé le parcours patient : protocoles de RAAC, anesthésie, infirmières spécialisées, kinésithérapie et digitalisation du suivi.
Les résultats sont objectivés. La durée moyenne de séjour est passée de 4,3 jours en 2023 à 1,5 jour en 2025.
L’ensemble des chirurgiens de l’équipe est désormais en dessous de deux jours de séjour en moyenne annuelle, et près de 50 % de mes patients opérés d’une prostatectomie radicale robotique rentrent à domicile le jour même.
Ces performances reposent sur trois éléments clés : un geste chirurgical moins invasif, une précision accrue et une organisation extrêmement rigoureuse du parcours.
Le robot n’est pas le seul facteur, mais il agit comme un accélérateur majeur.
Les cinq prochaines années : une révolution annoncée
L’évolution de la robotique va s’accélérer. Plusieurs tendances se dessinent clairement : l’essor de la concurrence robotique, avec des systèmes aux spécificités propres, des coûts plus adaptés et un accès élargi ; le développement des robots monoports, réduisant encore l’invasivité ; l’intégration de la réalité augmentée et virtuelle avec une visualisation en temps réel des nerfs, vaisseaux et limites tumorales.
La planification opératoire deviendra de plus en plus intelligente, avec un guidage personnalisé, et l’analyse des données chirurgicales permettra une optimisation continue des gestes.
Nous entrons dans une ère d’apprentissage collectif à l’échelle mondiale.
En résumé

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